Par Virginie
Il y a une petite phrase que je redoute, à chaque fois que je parle de la façon dont je construis Horizon. Personne ne me l'a jamais vraiment lancée en face — c'est plutôt moi qui la vois venir, à l'avance, comme une petite ombre au-dessus de la conversation.
La voici : « ah… elle le dit elle-même qu'elle travaille avec l'IA… donc c'est sûrement l'IA qui fait tout à sa place. »
Parce que oui, comme j’ai déjà pu vous en parler dans d’autres articles, je communique régulièrement sur le fait que je construis Horizon avec l’aide de l’IA. Et si j’en parle aussi ouvertement, c'est pour deux raisons principales. D'abord, parce que j'aime la transparence et que je tiens à être honnête. Et ensuite parce que je me dis que, vu à quel point elle m’aide à construire mon projet, alors elle peut peut-être aussi, si bien utilisée, aider d'autres femmes — vous, peut-être — à donner vie à un projet qui leur tient à cœur. Sans pour autant leur voler ce projet… ni même leur vie.
Car c'est bien là qu'est la vraie question — et c'est elle que je veux poser aujourd'hui. Pas celle qui se cache derrière la petite phrase du début (« l’IA fait-elle tout à sa place ? »), mais une autre, bien plus subtile : jusqu'où un outil aussi puissant peut-il prendre de la place dans un projet, voire dans une vie… et qui, au fond, décide de la lui laisser prendre ?
Alors commençons par là, clairement : non, l'IA ne construit pas Horizon à ma place.
Et je ne vais pas vous dérouler une liste de « ça, c'est moi / ça, c'est elle » — parce que, honnêtement, ça ne fonctionne pas comme ça. Notre travail est bien plus mêlé, bien plus vivant : c'est un aller-retour permanent. Je réfléchis, je lui soumets une idée, elle me répond, je trie, je reformule, je garde ce qui me ressemble et j'écarte le reste. Ce n'est pas elle qui travaille pendant que je regarde. C'est moi qui mène — parce que c'est moi qui pense, qui choisis, qui connais le réel et qui ressens.
Et au fond, je n'ai pas besoin de vous en convaincre. Les plus sceptiques le resteront, quoi que j'écrive — et c'est tout à fait leur droit. Ce que je veux, c'est simplement vous expliquer, à vous qui êtes curieuse, comment ça se passe réellement.
Pour vous donner une idée très concrète : avant Horizon, je ne savais pas créer un site internet. Je ne savais pas comment faire un bon référencement. Aujourd'hui, si. Pas parce que j'ai demandé à l'IA de le faire pour moi — dans ce cas : je ne saurais toujours pas faire — mais parce que je lui ai demandé de m'apprendre à le faire moi-même. La nuance est énorme. J'y reviendrai.

Alors, si l'IA ne fait pas tout à ma place… où est le danger ? Parce qu'il y en a un, et bien réel.
Commençons par quelque chose que certaines personnes s'imaginent : étant donné que je dis ouvertement que j'utilise l'IA pour mon projet, certaines personnes pensent alors que j'adore l'IA. Et ma réponse à ça, c'est : oui et non. Car même si j’utilise l’IA pour construire mon projet, j’estime qu’il y a potentiellement un piège, bien réel. Mais il n'est pas là où on le pense.
L'IA, à mes yeux, reste un outil. Un outil extraordinaire, mais un outil. Sauf qu'il n'est pas tout à fait comme les autres outils qu’on a pu connaître jusqu’ici. Un marteau, une calculatrice, même internet : on les prend, on s'en sert, on les pose. Jamais ils n'ont cherché à prendre notre place dans notre propre vie.
L'IA, elle, en est capable. Pas en vous l'imposant — au contraire : tout doucement, si vous la laissez faire. Si vous lui donnez accès à tout. Si, peu à peu, vous prenez l'habitude de la consulter avant même d'avoir réfléchi par vous-même : dès qu'une question se présente, au lieu d'y penser, vous la lui posez. Et un jour, sans vraiment l'avoir décidé, c'est elle qui gère vos choix, vos réponses… et, petit à petit, une partie de votre projet, de vos pensées… de votre vie.
Et c'est ça, le vrai piège. Il n'est ni brutal, ni spectaculaire. Il est progressif, presque invisible — on ne se rend même pas compte qu'on est en train de lâcher la barre. Et surtout : il ne vient pas de l’IA elle-même, mais de nous face à l’IA. On s’intéresse d’abord à elle, on la teste, on trouve ça fun, on lui délègue alors une première tâche, puis un problème, puis, petit à petit, des choses de notre vie beaucoup plus grandes, beaucoup plus intimes, beaucoup plus importantes.
Mais regardez bien : dans tout ce que je viens de décrire, le problème n'est pas l'outil. C'est l'usage qu'on en fait. C'est nous. Notre capacité — ou non — à nous poser nos propres limites. Le danger de l'IA, ce n'est pas l'IA. C'est de ne pas savoir, soi-même, lui poser des garde-fous — ni s'arrêter, à temps, pour se dire : « stop, ça, c'est à moi. »
Je crois qu'aujourd'hui, face à l'IA, on se répartit grosso modo en trois groupes.
Celles qui n'en veulent pas.
Il y a d'abord celles qui ne veulent pas l'utiliser. Par conviction, par méfiance, ou simplement parce que ça les met mal à l'aise. Et je respecte profondément ce choix : c'est une décision personnelle, intime, que chacune doit prendre pour elle-même. Je ne suis pas là pour vous vendre l'IA.
Je dirai juste une chose, par honnêteté : qu'on le veuille ou non, qu'on trouve ça formidable ou inquiétant, l'IA est là. Elle grandit, vite, et elle ne va pas s'arrêter. On peut choisir de ne pas s'en servir — c'est parfaitement légitime — mais on ne peut plus vraiment choisir de l'ignorer.
Celles qui foncent, sans filet.
À l'opposé, il y a celles — et ceux — qui trouvent ça génial et s'y jettent à corps perdu. Souvent avec cette petite phrase en tête : « je ne veux pas rater le train. » Et c'est précisément là que le piège dont je vous parlais peut se refermer. Pas d'un coup : tout doucement.
On m'a raconté récemment l'histoire de quelqu'un qui, désormais, ouvre son frigo, le prend en photo, et demande à l'IA quoi cuisiner le soir — « comme ça, je n'ai même plus à y réfléchir ». Anodin ? Peut-être. Mais c'est souvent comme ça que ça commence.
Une autre personne me confiait avoir vu, chez un ancien collègue, cette bascule se faire en quelques mois : à la fin, même pour les questions les plus simples, il avait pris le réflexe de tout demander à l'IA — au point qu'elle avait l'impression qu'il ne pensait presque plus par lui-même.
Ni l'un ni l'autre n'ont « mal » utilisé l'IA au départ. Ils l'ont juste laissée, petit à petit, grignoter un peu plus de leurs décisions, de leur imagination, de leurs pensées. Et personne ne leur avait dit où s'arrêter — parce que, justement, ça, personne ne nous le dit.
Celles qui montent dans le train, mais pas les yeux fermés.
Et puis il y a une troisième catégorie — celle dans laquelle je me reconnais. Ne pas rater le train, non. Mais ne pas y monter à l'aveugle non plus. Chercher un équilibre entre les deux : profiter de cet outil que je trouve formidable, tout en se fixant soi-même ses propres garde-fous.
Concrètement, dans mon cas, ça donne ceci : non, je n'aurais pas pu construire Horizon seule — ni sans l'IA, ni sans re-dépenser une fortune, comme lors de ma première tentative. Mais je travaille avec elle en l'utilisant, pas en lui déléguant des pans entiers de mon projet.
Et la différence est immense : je sais désormais créer un site, je comprends ce qu'est un bon référencement, je sais créer mes articles moi-même mais de manière améliorée — des choses dont j'étais totalement incapable avant. L'IA ne les a pas faites à ma place : je l’ai utilisée pour m’apprendre à les faire moi-même.

Et c'est toute la bascule. Utilisée sous cet angle, l'IA ne me rend pas plus bête, ni plus passive, ni plus dépendante. C'est exactement l'inverse : elle me rend plus capable, plus autonome, plus polyvalente. Ce n'est plus l'outil qui fait les choses à ma place — c'est l'outil qui me permet, à moi, de les faire moi-même.
Utilisée de cette façon, l'IA est doublement précieuse : elle m'aide à construire mon projet, et elle m'apprend à le construire moi-même. C'est tout sauf anodin. Mais c'est aussi précisément là que se joue quelque chose de décisif.
Parce qu'il y a une différence énorme entre se servir de l'IA pour vous aider à créer… et la laisser créer à votre place. Et quand on bascule dans le second cas — souvent sans même s'en apercevoir —, il se passe quelque chose de bien plus grave que « réfléchir un peu moins » : petit à petit, votre projet cesse d'être le vôtre. Il devient celui de l'IA. Un projet qui partait de vous et qui, techniquement, tient debout… sauf qu'à terme : il n'est plus de vous.
Et pourquoi l'IA ne peut-elle pas, elle, faire un projet qui soit vraiment le vôtre ? Pour une raison toute simple : elle ne vit pas votre réalité. Dans mon cas et pour mon projet : elle ne sait pas ce qu'est, concrètement, la vie d'expatriée. Elle ne connaît pas cette conversation à la sortie de l'école qui, soudain, me souffle l'idée d'un article. Elle n'a jamais ressenti la solitude si particulière de l'expatriation. Tout ça, c'est moi qui le lui apporte : le vécu, le concret, le réel. Sans ça, elle se tromperait — et d'ailleurs, à plusieurs reprises, elle s'est effectivement trompée. C'est un vrai travail d'équipe : elle m'apporte la vitesse, la concision, la technique, et moi j’apporte le réel, le concret, le sens pour ne pas se perdre.
Alors oui : si vous vous fixez vous-même des limites — ce que vous acceptez de tester avec elle, puis d'apprendre grâce à elle —, vous n'êtes ni sur le quai à la regarder filer, ni montée dans le train avec des œillères. Vous gardez la main. Et votre projet reste le vôtre.
Parce qu'au fond, l'essence d'un projet — son pourquoi, votre vécu à vous, ce qui fait qu'il est vraiment vous — ça ne se délègue pas. C'est même la seule chose qui empêche un projet de sonner, un jour, « fait par l'IA ». Et c'est précisément ce qu'aucun outil, aussi puissant soit-il, ne pourra jamais faire à votre place.
Peut-être qu'en me lisant, une question vous traverse : si l'IA peut déjà autant aider à construire un projet, à quoi bon se faire accompagner ?
Justement à cause de tout ce qu'on vient de voir.
L'IA peut vous aider à bâtir. Mais elle ne peut pas trouver, à votre place, ce qui doit être bâti : votre pourquoi, ce que vous voulez vraiment, ce qui est profondément à vous. Ça, ça ne se délègue pas à une machine — ça se cherche, en vous, avec un regard extérieur qui vous voit, vous, et non une réponse approximative.
C’est exactement ce que je vous propose avec Boussole : clarifier votre pourquoi et ce qui compte vraiment pour vous, pour que le projet que vous bâtirez — avec ou sans l’IA — soit, lui, profondément le vôtre.


Coaching pour femmes expatriées francophones.