Entreprendre à l’étranger : l’âge est-il vraiment un frein ?

Par Virginie

« Je suis trop jeune. » « J’ai des enfants en bas âge. » « À mon âge, c’est trop tard. »

 

Ces phrases, vous les avez sûrement déjà pensées. Plutôt dans un moment calme, quand l’idée de lancer quelque chose à vous a surgi (un projet, une activité, un début de quelque chose) et qu’une petite voix a répondu aussitôt : « pas maintenant » ou « pas à mon âge » ou encore « pas avec tout ce que j'ai à gérer ».

 

Une voix qui semble très raisonnable, d’ailleurs. Et c’est justement ce qui la rend si difficile à contredire.

Cette voix, je la connais bien, car moi aussi je me la suis dite. Et ce que j'ai remarqué c'est que je n'étais pas la seule. Autour de moi, des femmes de 28 à 60 ans aussi l'ont pensé. Et pourtant, on s'est chacune lancée à l'étranger quand même — chacune avec, au départ, nos propres « bonnes raisons » de ne pas le faire.

Vous l'aurez compris, ce dont je voudrais vous parler aujourd’hui c'est de ce que l’âge cache vraiment quand on se dit qu’on ne peut pas se lancer : ce qu’il change, ce qu’il ne change pas, et comment faire la différence entre une vraie contrainte et une raison qui n’en est finalement peut-être pas vraiment une.

Ce qu’on pense de chaque tranche d’âge

On a tous et toutes une idée toute faite de ce que chaque tranche d’âge permet, ou pas, dans la vie. Sur le papier, ça ressemble souvent à ça.

Dans la vingtaine et au début de la trentaine, on aurait l’énergie, l’envie, peu de choses à perdre. Mais on manquerait d’expérience, de crédibilité, d’économies, et on serait « trop jeune » pour se lancer.

Dans la trentaine et la quarantaine, on aurait un peu d’expérience et une idée plus claire de ce qu’on veut. Mais on aurait aussi « de l’expérience oui, mais peut-être pas encore assez », et surtout sûrement des enfants en bas âge, une charge mentale énorme et beaucoup plus à risquer, donc : pas le temps, pas la place de se lancer.

Dans la cinquantaine et la soixantaine, on aurait enfin suffisamment d’expérience mais aussi du recul, un réseau, parfois du temps de nouveau disponible. Mais on se dirait alors que « c’est trop tard », qu’on n’a plus « la même énergie qu’avant » et que donc « on a loupé le coche » et on ne peut plus se lancer.

Voilà la plupart des stéréotypes qu’on a tous plus ou moins en tête concernant chaque tranche d’âge. Et pourtant, dans la vraie vie, ça se passe rarement comme ça.

Trois âges, trois lancements

Sur le papier, tout ça paraît logique. Alors regardons ce que ça donne dans la vraie vie, avec trois femmes que je connais d’ici.

Loanne a 28 ans. Il y a un an, elle a lancé ici, en Angleterre, son entreprise de yoga et de pilates. Elle donne aujourd’hui des cours.

Moi, j’ai 40 ans. J’ai créé Horizon en 2026 pour aider les femmes expatriées à vivre la vie d’expatriée qui leur correspond vraiment.

Patricia a 60 ans. À 56 ans, elle a commencé par se former à l’art-thérapie. Elle exerce aujourd’hui sous le nom de Reg’Art sur Soi, en accompagnant des adultes, des adolescents et des enfants.

Trois femmes, trois tranches d’âge très différentes, et pourtant, chacune s’est lancée. Chacune avait aussi ses propres freins, ses incertitudes et surtout ses « bonnes raisons » de ne pas sauter le pas.

Et ce que l’âge a réellement changé pour nous n’est pas ce que le papier annonçait.

Moi, à 40 ans, j’ai trois filles encore jeunes, et au moment de me lancer, je me disais que je n’aurais « pas le temps, pas avec tout ce que j’ai à gérer ». Cette idée reçue n’est d’ailleurs qu’un frein parmi tant d’autres (dont je vous ai déjà parlé dans cet article sur ce que l’on se dit avant de se lancer). Ces contraintes n’ont pas disparu : mes filles sont encore jeunes, elles ont encore besoin de moi, et je dois composer avec. Mais je me suis lancée.

Patricia, elle, se disait que c’était trop tard. Jusqu’au jour où elle a suivi un accompagnement de coaching, et qu’à un moment donné sa coach lui a posé cette question : « Mais qui a dit qu’à tel âge, c’était trop tard ? » Cette simple question a fait tilt chez elle : « oui, c’est vrai, ça… ». Elle avait 56 ans à ce moment-là. Aujourd’hui, son âge ne la freine plus : il la fait avancer. Le temps lui paraît encore plus précieux alors elle le prend comme tel.

Mais je ne vais pas vous dire qu’en se lançant, tout est rose. Certaines difficultés sont bien réelles. Loanne m’a raconté que se lancer seule, dans ce type d’aventure, c’est aussi composer avec un entourage qui ne comprend pas toujours ce qu’on fait. Sa conviction : il ne faut pas attendre la validation de ses proches pour avancer, sinon on n’avance jamais.

L’âge, l’arbre qui cache la forêt

Si je regarde nos histoires, je me rends compte que ce n’est pas l’âge qui nous retenait. C’était simplement lui qu’on mettait en avant, avec tous ses stéréotypes associés.

Et ce que je pense désormais c’est que l’âge est une excuse presque parfaite : on ne peut pas le changer et il a effectivement des avantages et contraintes qui lui sont propres. « Je suis trop jeune », « j’ai des enfants jeunes », « c’est trop tard » : ces phrases ont l’air de simples constats. Et c’est exactement ce qui les rend si pratiques pour ne pas regarder ce qu’il y a derrière.

Or, derrière, il y a presque toujours une seule et même chose : la peur. Et celle-ci n’est d’ailleurs pas la même pour chacune.

 

Pour Patricia, c’était la peur qu’il soit « trop tard », une croyance qu’elle s’était construite elle-même, et qu’une seule question a suffi à ébranler.

Pour Loanne, c’est apparu autrement : le besoin de validation de ses proches. Quand on se lance seule, il faut accepter que l’entourage ne comprenne pas toujours, et avancer sans attendre son accord.

Femme assise à son bureau, concentrée, qui écrit dans un carnet pour réfléchir avant de se lancer

Pour moi, c’était justement la peur d’échouer, combinée à d’autres peurs liées à mon passé et surtout à mes croyances personnelles.

Il y a bien d’autres formes de peur : celle bien connue du « quand dira-t-on », du syndrome de l’imposteur, de ne pas être à la hauteur, de décevoir, de se tromper. Chacune a les siennes.

Je ne dis pas que l’âge ne compte pas, ni que les contraintes n’existent pas. Je dis que l’âge est souvent le premier masque, et qu’on ne peut pas répondre à une peur qu’on n’a pas encore regardée en face.

Alors la vraie question n’est peut-être pas « est-ce que j’ai le bon âge ? », mais « quelles sont mes peurs cachées ? »

Contrainte réelle ou peur déguisée ?

Trois questions pour faire la différence, à mettre en face de n’importe quelle raison que vous vous donnez :

  1. Si cette contrainte disparaissait demain, est-ce que je me lancerais ? Si la réponse est non, ce n’était probablement pas elle le vrai frein. Si elle est oui, c’est une vraie contrainte, et la question 3 est faite pour elle.

  2. Est-ce un fait ou une interprétation ? « Mes filles sont petites » est un fait. « Je n’aurai jamais le temps » est une interprétation.

  3. Puis-je l’aménager, même un peu ? Une contrainte réelle ne se supprime pas toujours, mais elle laisse souvent une marge pour avancer autrement.

Et si, en répondant, vous découvrez que c’était une peur plutôt qu’une contrainte, alors cette prise de conscience n’est pas la démonstration d’un échec. C’est une information précieuse : vous ne cherchez plus à contourner un obstacle qui n’en est pas un, vous savez enfin ce qu’il faut regarder en face.

Et si vous commenciez par faire le point ?

Regarder ses peurs en face est déjà un grand pas. Mais cela ne dit pas encore où aller. Beaucoup de femmes restent à l’arrêt, non pas seulement parce qu’elles ont peur, mais parce qu’elles ne savent plus très bien où elles en sont dans leur vie d’expatriée, ni vers quoi elles voudraient avancer.

Avant de décider quoi lancer, il y a un préalable : faire le point. C’est ce que propose L’Escale : un temps d’arrêt, comme une escale entre deux traversées, pour regarder où vous en êtes aujourd’hui, nommer une première direction et poser un premier pas concret. Pas pour tout décider d’un coup, mais pour savoir enfin vers où vous diriger.

Femme de dos, cheveux au vent, regardant la mer à l’horizon au soleil couchant, au moment de faire le point sur sa vie d’expatriée

Coaching pour femmes expatriées francophones.