Par Virginie
Vous avez emballé une vie entière dans des cartons. Vous avez géré un déménagement international, avec peut-être des enfants plus ou moins en bas âge, dans une langue qui n'était pas toujours la vôtre. Vous avez trouvé une école, ouvert un compte bancaire, compris un système de santé différent, appris à vous orienter dans une ville que vous ne connaissiez pas il y a quelques mois.
Peu de gens font ça dans une vie. Vous, vous l'avez fait.
Et pourtant. Tout ce travail-là, une fois fait, a tendance à s'effacer. On l'oublie, comme s'il n'avait jamais demandé tant d'énergie. Et il y a une raison à ça : si vous avez suivi votre conjoint, il y a des chances que vous ne soyez pas la seule là où vous êtes désormais : ici, vous êtes entourée d'autres personnes qui ont vécu exactement la même chose. Alors vous vous dites, sans même y penser : « ce n'était pas si exceptionnel, tout le monde autour de moi l'a fait aussi. » (si vous avez décidé ce départ à deux, votre histoire n'est pas tout à fait la même et je vous en parlerai dans un prochain article).
Sauf que ce 'tout le monde', ce sont uniquement les personnes qui ont osé ce même pari. Le reste — celles et ceux qui sont restés dans leur vie d'avant — ne l'a pas fait. Et ça reste, encore aujourd'hui, quelque chose que peu de gens font dans une vie.
Mais se le rappeler ne suffit pas toujours à apaiser ce manque de confiance en nous qu’on ressent parfois. Car ce doute-là ne se nourrit pas de grandes vérités sur ce qu'on a accompli — il se nourrit de petits moments, au jour le jour, qui semblent parfois dire le contraire.
C'est un piège très humain, et particulièrement actif en expatriation : on a tendance à ne remarquer que ce qui coince, que ce qu’on a manqué ou raté. La phrase où on a bafouillé lors d’une soirée. Le formulaire administratif qu'on a dû faire relire trois fois. La conversation qu'on n'a pas tout à fait réussi à suivre.
Ces petits ratés restent en mémoire. Ils nourrissent l'idée qu'on "n'y arrive pas encore vraiment" — et, petit à petit, l'idée que malgré cette expatriation réussie, on n'est peut-être pas si exceptionnelle après tout.
C’est alors que toutes ces choses qu'on a déjà réussi à faire — et qu'on fait maintenant sans même y penser — deviennent presque invisibles. Elles ne comptent plus comme des compétences, parce qu'elles nous semblent "normales" désormais. On oublie, par exemple, qu'il y a quelques mois, on a réussi à faire quelque chose qui n'était pas normal du tout. Quelque chose de nouveau, mais surtout d’intimidant, et à certains moments de carrément effrayant.
Cette expatriation : vous l’avez faite. Vous êtes ici, maintenant. Et voici quelque chose qu'on ne vous dit pas souvent à propos de l’expatriation : c’est qu'elle vous offre quelque chose de précieux.
De l'espace. Du temps. Et surtout, du recul.
Dans votre "vie d'avant", le quotidien était souvent rempli — par un travail, des habitudes bien ancrées, un entourage qui vous connaissait depuis longtemps et vous renvoyait toujours la même image de vous-même. Il y avait peu de place pour essayer quelque chose de complètement nouveau, quelque chose que vous n'aviez jamais osé parce que ça ne "collait pas" avec qui vous étiez.
Ici, ce cadre a disparu pour laisser place à du vide. Et ce vide, aussi déstabilisant soit-il par moments, est aussi une ouverture. Une occasion d'essayer des choses que vous n'auriez jamais tentées avant — pas parce que vous en étiez incapable, mais parce que votre environnement, vos habitudes, votre « vous d’avant » ne vous le permettaient pas. Et c'est précisément ça qui construit la confiance en soi : pas un grand saut, mais ces petites choses qu'on ose, une par une.
Pour illustrer cette notion, rien ne vaut un exemple très concret. Alors prenons le mien.
Depuis que je suis à Bristol, j'ai commencé à me filmer. Dans les restaurants, les cafés, en sortie avec mes filles — pour mon compte Instagram personnel, au départ. Rien d'extraordinaire — en apparence en tout cas. Et pourtant, avant, je ne l’aurais jamais fait. L'idée de sortir mon téléphone devant les autres, de parler à une caméra en public, ça m'intimidait beaucoup. Et oui, lorsque j’ai commencé, c'était franchement inconfortable.
Mais petit à petit, je m'y suis mise. Et aujourd'hui, c'est devenu beaucoup plus simple — presque banal.
Ce n'est pas un exploit. Ce n'est même pas grand-chose, à première vue. Mais c'est exactement le genre de choses que je n’aurais jamais osé faire dans ma "vie d'avant" — parce que je n'avais pas cet espace, ce temps, ce recul par rapport à qui j’étais censée être.

La confiance en soi n’apparaît pas d’un coup : elle se construit à force de petites choses qu’on se risque à essayer — ces choses qui nous intriguaient sans qu’on se soit autorisé, jusqu'ici, à les tenter, et qui, à mesure qu’on les répète, finissent par devenir naturelles.
Alors peut-être que la question à se poser n'est pas "qu’est-ce qui me manque pour avoir davantage confiance en moi ?", mais plutôt : "qu’est-ce que je veux que mon expatriation devienne — et qu’est-ce que je peux commencer à oser, maintenant que j’ai l’espace et le temps que je n’avais pas avant, pour aller dans cette direction ?"
Ça peut être un compte Instagram, un blog, une activité créative qu'on a toujours mise de côté, une langue qu'on rêvait d'apprendre, une question qu'on n'a jamais posée à voix haute. Il n'y a pas de bonne réponse universelle — seulement la vôtre.
Vous n’avez peut-être pas encore de réponse claire à tout ça — ni à où vous voulez aller, ni à ce que vous pourriez oser pour vous en approcher. Et c’est normal — oser est déjà intimidant en soi. Et sans prise de recul, on risque de viser à côté : se tromper sur ce qu'on devrait envisager d'oser et ce qu'on peut laisser de côté.
Alors, comment viser juste ? Une grande partie de la réponse consiste à regarder où vous en êtes aujourd'hui, au niveau de votre vie d'expatriée : tout ce que vous avez déjà traversé, et ce qui, discrètement, commence à vous appeler. C’est souvent là qu'une nouvelle direction se dessine.
C’est exactement ce que L’Escale vous propose : faire le point sur votre expatriation pour trouver votre point de départ. Un espace pour y voir clair sur votre situation, et commencer à esquisser une première direction — celle qui vous donnera envie d’oser.
Car c’est de là que tout devient possible. Pas de certitudes que vous n’avez pas encore. Pas d’une idée parfaite qui ne serait pas la vôtre. Mais de là où vous en êtes aujourd’hui, et de tout ce que vous avez déjà accompli.


Coaching pour femmes expatriées francophones.