Par Virginie
Quand mon mari m'a annoncé qu'une opportunité professionnelle se présentait en Angleterre, j'ai hésité, mais j’ai rapidement dit oui. Parce que je l'aime, parce que c'était une belle opportunité pour lui, pour notre famille, et parce que — quelque part — l'idée d'un nouveau départ me tentait aussi.
Ce que je n'avais pas vraiment anticipé, c'est à quel point cette décision allait créer un déséquilibre.
Pas dans notre relation — enfin, pas vraiment — mais dans ma façon de me percevoir. Lui avait un bureau, des nouveaux collègues, un rôle clair. Moi, j'avais... des cartons à vider, des rencontres timides à envisager, un nouveau pays à apprivoiser.
Et cette question, lancinante, qui revenait sans cesse : et moi, dans tout ça, je fais quoi ?
Il y a dans l'expatriation en couple une réalité que l'on évoque rarement franchement : une fois sur place, l'un des deux a d'emblée sa place ou la trouve rapidement — via un poste, un cadre, un rôle qui l'attendait ou qui se dessine vite. L'autre, beaucoup moins.
Soit parce que ce poste, ce projet, est ce qui vous a permis de partir tous les deux. Soit parce que, même en ayant décidé de partir ensemble, c'est lui qui s'est ancré en premier — mais dans les deux cas : c'est à vous de repartir de zéro. Ce n'est pas une critique. C'est une réalité, et la plupart du temps, elle ne se choisit même pas. Elle s'installe, naturellement.
Et c'est sur le terrain, au quotidien, que cette asymétrie se ressent. Votre conjoint rentre le soir avec des histoires de bureau, des nouveaux noms de collègues dont il commence même petit à petit à connaître certaines anecdotes, un semblant de routine qui se construit pour lui. Vous, vous avez peut-être passé la journée à chercher le bon supermarché, à essayer de comprendre le fonctionnement de la vie locale, éventuellement à rencontrer d’autres expatriées qui vous racontent à quel point cette expérience est challengeante mais « forcément positive » dans le fond.
Et avec tout ça, parfois, s'installe un sentiment qu'on n'ose pas toujours formuler à voix haute : celui d’être devenue secondaire. De ne plus être tout à fait soi-même. D'être "la femme de" davantage que la femme que vous étiez avant — ou que vous voudriez être.
Quand je parle à des femmes expatriées, je remarque qu'elles ne réagissent pas toutes de la même façon.
Il y a celles qui replongent vite dans un travail — parfois par nécessité, parfois parce qu'elles ont besoin de retrouver une ancre, un cadre, un endroit où elles sont autre chose que « la nouvelle » ou « la femme de ».
Il y a celles qui ne retravaillent pas, et qui s'installent dans une forme d'attente — entre la culpabilité de vouloir quelque chose pour soi et le « ça va bien finir par venir ». Elles tiennent, elles assurent, et pourtant, quand on leur demande comment elles vont, ce « ça va » sonne parfois un peu bancal.
Et il y a celles qui sentent, confusément, que ce déséquilibre — y compris celui, très concret, des revenus — n’est peut‑être pas qu’un mauvais moment à passer, mais qu’il met le doigt sur quelque chose de plus grand.
Mais au fond, qu'elles retravaillent ou non, qu'elles aient trouvé leur place ou qu'elles la cherchent encore, la vraie question n'est pas « quel travail ? ». Elle est bien plus intime : qui suis-je devenue, moi, dans cette nouvelle vie — et quelle place est-ce que je veux y prendre ?

Pour moi, ça s'est joué là : dans ce sentiment de ne plus trop savoir quelle était ma place. J'avais tellement veillé à ce que chacun trouve la sienne — mon mari, mes enfants, notre nouvelle vie — que la mienne, sans que je m'en aperçoive, s'était effacée. Pas par grand sacrifice. Juste parce qu'à force de m'occuper de tout le reste, j'avais arrêté de me demander ce que, moi, je voulais vraiment.
Et il y a aussi, dans cette asymétrie c'est vrai, un décalage dont on parle encore moins : celui de l'argent. Quand l'un continue de gagner sa vie et que l'autre, du jour au lendemain, gagne moins — ou plus rien —, ça touche quelque chose de profond, bien au-delà du compte en banque. C'est un sujet à part entière, que je garde pour un prochain article. Mais lui aussi, au fond, revient à la même question : quelle place je garde, quand celle que j'avais avant a disparu ?
Ce que toutes ces situations ont en commun — qu'on retravaille ou non, qu'on ait retrouvé sa place ou qu'on la cherche encore — c'est qu'elles pointent vers la même chose : un espace qui s'est ouvert, un peu brutalement, et qui attend quelque chose.
Avant l'expatriation, la vie suivait son cours. Le travail, les habitudes, le quotidien remplissaient tout, sans qu'on ait vraiment besoin de se demander où était notre place : elle allait de soi. L'expatriation, elle, a tout rebattu. Et aussi inconfortable que ce soit, ce bouleversement crée quelque chose de rare : de la place, justement. De l'espace pour vous, enfin.
Alors non, ce déséquilibre n'est pas le signe que votre expatriation est ratée, ni que vous n'êtes « pas à la hauteur ». C'est plutôt un signal : celui qu'il est temps de reprendre la place que vous aviez laissée s'effacer. Pas contre votre conjoint, pas contre votre famille. Pour vous.
C'est exactement ce travail que je vous propose de faire dans Boussole.
Pas pour « rééquilibrer » votre couple — ça, c'est très personnel et ça vous regarde. Mais pour vous aider, vous, à retrouver une place qui soit la vôtre : qui vous êtes au-delà de « la femme de » et de « la maman de », ce qui compte vraiment pour vous, et ce que vous avez envie de construire maintenant.
Au fil des modules, en profondeur et à votre rythme, vous ne repartez pas de ce que les circonstances ont décidé pour vous — vous repartez de vous. Pour faire émerger ce qui vous appartient vraiment : un projet à vous, une reconversion, ou simplement une vie qui vous ressemble, et dans laquelle vous n'êtes plus en retrait.
Parce que cette place que vous aviez laissée s'effacer, personne ne va vous la rendre à votre place. Mais vous, vous pouvez décider de la reprendre.

Coaching pour femmes expatriées francophones.