Par Virginie
Il y a une phrase que vous vous dites peut-être sans même l’entendre. Elle arrive toujours juste après une autre : une envie, un élan, l’idée de vouloir quelque chose rien que pour vous. Et aussitôt, elle tombe, sèche : « Pourquoi je pense ça ? J’ai déjà de la chance de vivre tout ça. »
Alors vous rangez l’envie. Vous refermez la page. Vous vous dites que ce n’est pas le moment, que vous avez déjà beaucoup, que c’est un peu exagéré d’envisager de vouloir plus.
Et vous repartez vaquer à votre vie — une vie que, d’ailleurs, vous aimez dans l’ensemble.
Sauf que l’envie, elle, ne s’en va pas. Elle revient. Et à chaque fois, la même petite voix la fait taire, au nom de tout ce que vous avez.
Cette voix-là a un nom : la culpabilité. Et si vous la reconnaissez, lisez la suite — parce qu’elle repose sur un malentendu. Un seul. Et une fois qu’on l’a vu, on ne le dé-voit plus.
J’ai une question à vous poser : la phrase : « J’ai de la chance. », la ressentez-vous régulièrement ? Vous la dites-vous de temps en temps ? Voire même peut-être : souvent ? Vous vous la dites peut-être sans même y penser, comme une évidence.
Si oui, il y a fort à parier pour qu’ensuite vienne alors une autre phrase, plus discrète : « …alors je n’ai pas le droit de vouloir plus. »
Mais prenons un instant pour la regarder, cette fameuse « chance ». Parce qu’au fond, vous ne l’avez pas tout à fait choisie. Ni même vraiment décidée.
Cette idée d’avoir « de la chance », on vous l’a apprise. Très tôt. Être reconnaissante, ne pas trop en demander, se contenter de ce qu’on a — c’est souvent là, en nous, depuis l’enfance, au point qu’on ne se souvient même pas que c’est quelque chose qu’on nous a appris.
Et puis il y a les autres. Ceux qui, souvent avec les meilleures intentions du monde, vous l’ont posée sur les épaules : « Tu as tellement de chance de vivre ce que tu vis. » Cette petite phrase vous l’avez déjà entendue ? Sauf que celle-ci, elle ne venait pas de vous. Que vous ayez suivi votre conjoint ou que vous ayez choisi ce départ à deux, elle fait le même effet : elle vous colle une étiquette de « chanceuse » et donc elle vous interdit, tout doucement, de vous plaindre. Donc de vouloir plus.
Alors vous culpabilisez de vouloir quelque chose pour vous — au nom d’une chance que vous n’avez, au fond, jamais vraiment décidé vous-même de ressentir.
Et ça, ça compte. Parce qu’une culpabilité qui s’appuie sur ce qu’on nous a soufflé, ce n’est pas une vérité sur vous. C’est une habitude de pensée. Et la bonne nouvelle c’est qu’une habitude, ça peut se regarder autrement.
Revenons-y, à cette envie qui revient et que vous faites taire à chaque fois.
Elle ne dit pas que vous êtes ingrate. Elle ne dit pas que vous aimez moins votre famille, ni que vous regrettez d’être partie. Elle dit autre chose — de beaucoup plus simple, et de beaucoup plus juste.
Quand vous êtes arrivée, vous avez fait de la place. Pour les enfants, pour votre conjoint, pour cette nouvelle vie à construire. C’était normal, c’était même nécessaire. Mais à force de faire de la place à tout le monde, vous vous êtes doucement mise de côté. Sans décision, sans drame. Juste un peu, puis un peu plus. Vous êtes devenue « la femme de », « la maman de », « l’expat de » — et, au passage, un peu moins vous.
Et un jour, ce décalage a fini, petit à petit, par devenir une gêne. Pas comme une crise, mais plutôt comme un manque feutré, qui revient surtout quand tout se calme. Ce manque ne dit pas que vous allez mal. Il dit que vous êtes toujours là, vous, derrière tout ce que vous portez pour les autres. Et que vous aussi, vous avez le droit d’exister dans cette vie que vous avez contribué à bâtir.

Cette petite voix qui vous souffle que vouloir plus serait exagéré, ce n’est pas la vérité. Elle vient de ces croyances qu’on vous a transmises sans que vous les ayez jamais choisies : l’idée qu’à un moment donné, quand on a déjà « une vie bien » ou « une vie confortable » alors on ne doit pas vouloir plus.
Et cette mise en retrait peut prendre toutes sortes de formes. Parfois très concrètes — ne plus gagner son propre argent, par exemple. En expatriation, ça pèse souvent plus qu’on ne l’avoue, et même quand votre mari ou votre partenaire, en face, ne vous reproche rien.
Mais quelle que soit la forme qu’il prend, ce manque part toujours du même endroit : vous aimeriez, vous aussi, quelque chose de sincèrement à vous. Pas tout quitter. Pas tout bouleverser. Juste un premier pas vers une direction qui soit vraiment la vôtre.
Voici ce que personne ne vous dit, et qui change tout : vous n’êtes pas obligée de vous débarrasser de cette culpabilité pour avancer.
On croit souvent qu’il faut attendre. Attendre de ne plus se sentir coupable. Attendre de se sentir, enfin, pleinement « autorisée ». Attendre que la petite voix se taise. Mais elle ne se taira peut-être jamais complètement. Et je vous le souhaite, d’ailleurs. Car si vous l’entendez, cette petite voix, c’est qu’au fond, vous considérez vraiment que, dans votre vie, vous avez de la chance.
Et cette reconnaissance-là, justement, n’est pas l’ennemie de votre envie de plus. Elles ne s’annulent pas. Vous pouvez aimer profondément votre vie ici, être sincèrement heureuse de ce que vous avez construit pour votre famille — et, en même temps, vouloir quelque chose qui soit à vous. Les deux sont vraies. Les deux ont le droit de co-exister en vous.
La culpabilité, elle, vous fait croire qu’il faut choisir : soit reconnaissante, soit égoïste. C’est faux. Ce « soit… soit » est un piège. Le mot juste, c’est « et ».
Alors non, n’attendez pas que la culpabilité disparaisse pour vous mettre en marche. Vous pouvez décider, malgré elle, de vous accorder un peu de cette attention que vous offrez aux autres depuis le début. Et cette permission-là, personne ne viendra vous la tendre — ni votre conjoint, ni un hypothétique « bon moment » qui, soyons honnêtes, n’arrive jamais vraiment tout seul. C’est vous qui le trouvez ce « bon moment ». Et il peut être aujourd’hui, si vous le voulez.
Se donner la permission de vouloir quelque chose pour soi, c’est déjà un grand pas. Mais une fois cette permission posée, une question arrive vite : vouloir, oui — mais vouloir quoi, exactement ? Et par où commencer ?
Parce que « Femme de », « Maman de », « Expat de » — ces étiquettes ne sont pas fausses, mais elles ne sont pas entièrement vous. Et à force, l’expatriation réduit doucement l’espace que vous occupez en tant que vous.
C’est exactement pour transformer cette permission en premier pas concret que j’ai créé L'Escale : un programme court — trois modules, une à deux semaines — pour poser les bases et y voir plus clair sur votre expatriation et ce que vous voulez vraiment, à votre rythme.
L'Escale s’adresse aux femmes qui souhaitent cesser d’attendre le bon moment — celles qui ont décidé que ce moment, c’est maintenant.


Coaching pour femmes expatriées francophones.