Par Virginie
Quand l'idée de partir s'est présentée, vous avez évidemment réfléchi, puis vous avez dit oui.
Peut-être pas immédiatement. Peut-être après quelques conversations, quelques hésitations, quelques nuits à peser les pours et les contres. Mais vous avez dit oui.
Et ce oui, vous l'avez dit d'abord pour eux. Pour votre conjoint — peut-être parce que ce départ venait d'une opportunité à lui, ou parce que c'était une décision que vous avez prise ensemble. Et pour vos enfants, surtout — pour cette chance incroyable qu'ils allaient avoir d'apprendre une nouvelle langue, de grandir entre deux cultures, de voir le monde autrement. Le bilinguisme. L'ouverture d'esprit. L'aventure — en famille.
Vous vous êtes dit aussi, quelque part, que cette expérience serait forcément bonne pour vous. Bien sûr que oui. Comment pourrait-il en être autrement ? Mais si on vous avait demandé pour quoi exactement, concrètement, vous auriez peut-être eu du mal à répondre. Ce n'était pas une question que vous vous posiez vraiment. L'essentiel était ailleurs — dans ce que cette vie allait surtout apporter à ceux que vous aimez.
Alors vous avez fait vos valises. Et vous êtes partie.
Les premières semaines, vous n'avez pas eu le temps de penser à grand-chose. Il y avait tellement à faire. La rentrée à préparer, les démarches administratives, la nouvelle maison à apprivoiser, les habitudes à reconstruire. Rassurer les enfants. Être présente. Tenir — au moins le temps de s'installer vraiment.
Et puis, progressivement, les choses ont pris leur place. Les enfants ont trouvé leurs repères. Votre conjoint a trouvé ses marques. La vie a trouvé un rythme.
C'est souvent là — dans ce moment où tout semble enfin "se stabiliser" — qu'apparaît quelque chose d'inattendu. Un sentiment difficile à nommer. Pas un regret, pas une dépression, pas même une tristesse franche. Plutôt une sorte de manque flou, indescriptible. Comme si, sans vraiment s'en rendre compte, on avait laissé quelque chose — ou quelqu'un — un peu en arrière.
Je me souviens de ce moment. Cette impression étrange que j’ai ressentie, quelques mois après notre arrivée, d'avoir tout organisé pour que tout le monde soit bien — et de me retrouver là, dans cette nouvelle vie qui fonctionnait, dans cette nouvelle ville que j’avais commencé à apprivoiser, dans cette nouvelle maison qui avait fini par « prendre forme », mais tout ça : sans vraiment savoir quelle était exactement ma place, à moi, dedans. Je ne me sentais pas du tout déprimée ni même triste. Je me sentais juste... en suspens.
Il y a quelque chose de particulier quand on est mère expatriée.
On parle souvent du choix qu'on a fait, nous, d'avoir dit oui à cette expatriation, que ce soit en ayant accepté de suivre notre conjoint ou en ayant décidé ensemble ce départ. Mais plus rarement de nos enfants qui, eux, ont suivi — sans vraiment donner leur avis. Ils n'ont pas décidé de quitter leurs amis, leur école, leurs habitudes. Ils ont fait confiance. À nous. À notre conjoint. À cette aventure que nous leur proposions.
Et cette confiance-là, vous la portez. Avec fierté, souvent. Parce que vous voyez ce que cette expérience leur apporte — la résilience, l'adaptabilité, l'ouverture aux autres. Des choses que peu d'enfants apprennent aussi tôt, aussi concrètement. Vous le savez, même les jours où c'est moins évident.
Car oui, il y a ces jours-là aussi. Ceux où ils rentrent sans avoir réussi à se faire comprendre. Où leurs amis d'avant, leurs repères, leur ancienne vie leur manquent. Et où ils pleurent, parfois. Ces jours-là, vous êtes là. Vous rassurez, vous expliquez que ça passera. Et c'est très souvent vrai — même si on ne le sait qu'après.
Mais ces jours-là laissent aussi une trace discrète. Une petite voix intérieure qui murmure que vous n'avez pas vraiment le droit de penser à vous. Que votre place, c'est d'être là pour eux. Entièrement — puisque eux n'ont rien demandé, après tout. Que s'accorder du temps, de l'espace, des questions sur votre propre vie dans tout ça — ce serait presque déplacé.
Cette culpabilité-là est rarement dite à voix haute. Mais elle est là, silencieuse, qui rogne doucement l'espace que vous pourriez vous accorder.
Et pourtant.
Cette expérience leur est bénéfique. Vraiment. Pas juste "pour s’en convaincre" — mais concrètement, profondément. Et vous avez eu raison de vous faire confiance pour leur offrir cette aventure.
Mais cette expérience peut aussi l'être tout autant pour vous — indépendamment d'eux, justement. Et ça, on en parle beaucoup moins.
De ce que vous traversez, vous, pendant ce temps. De ce que vous avez laissé derrière — pas seulement géographiquement, mais concrètement. Vos repères, vos habitudes, une partie de ce qui faisait que vous étiez vous.
Or être là pour ses enfants et exister pour soi — ce ne sont pas deux choses opposées. Ce n'est pas l'un ou l'autre.
Une mère qui s'autorise à faire le point — à se questionner sur ce qu'elle veut, elle, et la tournure que prend sa vie — est aussi une mère plus posée, plus sereine, et finalement : plus présente. Pas seulement pour gérer le quotidien, pas seulement pour rassurer tout le monde quand le besoin se fait sentir. Mais bien présente pour les autres autant que pour elle-même.

Une mère pas parfaite – mais une mère épanouie. Et ça, les enfants le ressentent.
Ce que cette période d'expatriation peut vous apporter à vous — pas juste à votre famille, mais à vous — c'est une question qui mérite d'être posée. Vraiment posée, pas balayée d'un "oui bien sûr, c’est forcément bien pour moi aussi."
Qu'est-ce que vous voulez, vous ? Qu'est-ce qui vous manque, au fond ? Qu’est-ce que vous aimeriez que cette expatriation vous apporte – à vous ?
Ce sont ces questions-là que L'Escale vous invite à explorer. Pas pour vous éloigner de votre famille — mais justement pour revenir à vous, afin d'être vraiment présente pour ceux que vous aimez, et pas seulement disponible.
Parce que vous méritez, vous aussi, de savoir pourquoi vous avez dit oui. Et ce que ce oui peut devenir, pour vous.


Coaching pour femmes expatriées francophones.