Par Virginie
Il y a un mot que beaucoup de femmes expatriées n'osent pas prononcer. Pas à voix haute, en tout cas. Pas devant leur mari, pas devant leurs enfants, parfois même pas devant leurs amies.
Ce mot, c'est : perdue.
Parce qu'on ne devrait pas se sentir perdue quand on vit dans un nouveau pays, qu'on a un toit, une famille qui va bien, une vie objectivement confortable et bien remplie, et qu’on est, en plus, en train de vivre une expérience que beaucoup nous envient, même s’ils ne l’admettent pas forcément. Parce que "perdue", ça fait peur. Ça ressemble à quelque chose qui ne se répare pas facilement.
Et pourtant.
Si vous lisez ces lignes, c'est peut-être parce que vous le ressentez, ce sentiment. Diffus, parfois. Intense, d'autres fois. Toujours un peu inconfortable.
Je voudrais vous dire quelque chose à ce sujet — quelque chose qu'on ne vous a peut-être jamais dit.
C'est la première chose à entendre, et à vraiment entendre. Se sentir perdue après une expatriation, ce n'est pas un symptôme de faiblesse. Ce n'est pas la preuve que vous n'êtes pas "faite pour" cette vie. Ce n'est pas non plus le signe que vous avez fait le mauvais choix.
C'est une réaction profondément humaine à une situation objectivement déstabilisante.
Vous avez quitté un environnement dans lequel vous saviez qui vous étiez. Vous aviez un rôle professionnel, un cercle social, des habitudes, des repères. Des endroits où on vous connaissait. Des gens devant qui vous pouviez vous sentir tout de suite à l'aise.
Et puis vous êtes arrivée ici. Et tout ça a disparu d'un coup.
Ce que l’on peut appeler "se sentir perdue" — c'est simplement votre façon de nommer la distance entre qui vous étiez là-bas et qui vous êtes ici. Avec toutefois ce décalage de ne pas encore avoir vraiment réussi à devenir qui vous vouliez vraiment. Et c’est cette dissonance, cette distance murmurée mais réelle qui mérite d'être reconnue, pas balayée.

Voici ce que j'ai observé, en côtoyant des femmes expatriées, et en ayant moi-même traversé cette période à deux reprises : le sentiment d'être perdue est une phase obligatoire.
Cette phase arrive quand on a mis tellement d'énergie à s'adapter — à sa nouvelle ville, aux nouvelles habitudes, aux besoins de la famille — qu'on n'a plus vraiment de place pour soi. Quand on s'est tellement concentrée sur le quotidien qu'on a perdu le fil de ce qui nous anime, nous, en dehors de tout ça.
Elle arrive aussi quand l'identité qu'on avait construite — professionnelle, sociale, personnelle — ne trouve plus de terrain où s'exprimer. Et qu'on ne sait plus très bien qui on est, une fois qu'on enlève les rôles qu'on joue.
Ce sentiment n'est pas une impasse. C'est une information.
Il vous dit : il est temps de vous poser des questions pour vous.
Je voudrais vous proposer un autre regard sur ce que vous traversez. Et si ce sentiment d'être perdue n'était pas la fin de quelque chose, mais le début ?
Pas le début d'une crise. Le début d'une question — peut-être la plus importante que vous puissiez vous poser en ce moment : qui est-ce que je veux être, ici, dans cette vie qui est maintenant la mienne ?
Pas la version d'avant l'expatriation. Pas la version que les autres attendent de vous. Vous — avec ce que cette expérience a révélé, bousculé, mis en lumière.
L'expatriation a cette particularité étrange : en vous dépouillant de vos repères habituels, elle vous oblige à vous confronter à vous-même d'une façon que la vie ordinaire ne permet pas toujours. C'est inconfortable. C'est déstabilisant. Et c'est aussi, si on l'aborde autrement, une occasion rare.
Celle d’avoir enfin suffisamment d’espace et de temps pour choisir — vraiment choisir — qui vous voulez être.
Il y a deux risques principaux à affronter quand on se sent perdue.
Le premier, et c’est sûrement le plus délicat des deux, c’est celui de reconnaître qu’on l’est. Et ça, c’est souvent plus facile à dire qu’à faire. Beaucoup d’ailleurs se diront plutôt « je ne me sens pas concernée », beaucoup resteront dans un déni plus ou moins partiel.
Le second, c’est celui de résister à la tentation d'attendre que ça passe. De se dire que le temps arrangera les choses, que l'intégration finira par venir, que ça ira mieux "quand les enfants seront installés" ou "quand on aura trouvé nos marques". Voire même, pour celles qui savent déjà que cette expatriation est temporaire, d’attendre « d’être rentrée » pour retrouver leur repères, leurs habitudes, leur chez elles.
Et pourtant — le déni a un coût. Celui de laisser passer du temps sans avancer. De s'habituer à un inconfort qui, lui, ne s'habitue pas à vous.
Reconnaître qu'on se sent perdue, puis choisir de ne pas simplement attendre — ce sont les deux premiers pas. La vraie question est alors : par où commencer ?
C'est une question légitime. Et la réponse honnête, c'est que le temps aide — un peu, parfois. Il faut bien se laisser le temps de prendre ses repères, d'apprivoiser ce quotidien qui était inconnu et qui devient peu à peu le vôtre. D'aider votre famille, elle aussi, à traverser ce bouleversement.
Mais le temps a cette particularité : il peut très vite devenir une habitude. Et une habitude, ça ne résout rien — ça s’installe.
Et c'est ainsi que souvent, sans un travail actif de reconnexion à soi-même, le sentiment d'être perdue ne disparaît pas — il prend sa place, il s'installe discrètement mais sûrement. Il devient le fond sonore de la vie quotidienne. Une sorte de flottement permanent auquel on finit par s'habituer, sans jamais vraiment le résoudre.
Si vous avez lu cet article jusqu'ici, c'est probablement que quelque chose en vous a reconnu ces mots. Ce n'est pas un hasard. Et c'est peut-être le premier signal à écouter.
Ce que je vous propose avec Boussole, c'est un chemin pour sortir de ce flottement — pas en six mois, pas de façon abstraite, mais de manière concrète et progressive.
Six modules pour reprendre le fil de qui vous êtes. Pour identifier ce que cette expatriation a mis en veille chez vous — et ce qu'elle a peut-être commencé à éveiller. Pour construire, à votre rythme, une vie qui soit vraiment la vôtre.
Parce que reprendre le fil de soi, ça ne se fait pas dans l'urgence — mais ça ne se fait pas non plus en attendant que les choses changent d'elles-mêmes.
Vous méritez une vie dans laquelle vous vous retrouvez vraiment, pas juste une vie dans laquelle vous vous adaptez. Et si vous lisez ces lignes jusqu'ici, c'est peut-être que vous êtes prête à commencer.


Coaching pour femmes expatriées francophones.