Par Virginie
« Franchement, je ne sais pas comment tu fais. »
Vous avez déjà reçu cette phrase, un jour. Et vous avez sans doute répondu quelque chose comme : « Oh, ça ? Ce n'est rien, tout le monde en est capable. » Vous l'avez balayée d'un revers de main, presque gênée qu'on la remarque.
Si je commence cet article par cette phrase en particulier, c’est pour une raison précise : aujourd’hui, je voudrais vous parler de quelque chose en nous qu’on a toutes mais qu’on ne voit pas forcément… et qui pourtant nous permet parfois de déplacer des montagnes sans même qu’on s’en rende compte.
Aujourd’hui, je veux vous parler : de vos forces et de pourquoi on a tant de mal à voir celles qu’on a…
Tout d’abord, commençons par décortiquer pourquoi nos propres forces nous sont si difficiles à percevoir et surtout : à reconnaître.
Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’une vraie force ne se présente jamais avec une étiquette. Elle ne fait pas de bruit. Elle nous semble… évidente. Facile. Normale. Et elle nous paraît tellement évidente que c'est justement pour ça qu'on ne la compte pas.
Parce que nous mesurons nos forces à notre propre aune : « si c'est simple pour moi, alors ça doit l'être pour tout le monde. » Ce raisonnement est un piège. Ce qui vous coûte peu n'est pas sans valeur — c'est souvent l'inverse. Ce qui vous vient naturellement, sans effort, sans même y penser, c'est très exactement le signe d'une force. Pas d'un hasard.
Pour illustrer ce que je vous dis là, je vais vous raconter quelque chose de personnel.
À 16 ans, je suis partie un an au Canada, en Alberta, dans une famille d'accueil qui ne parlait pas un mot de français. J'étais venue apprendre l'anglais — une langue qu'au début, je parlais à peine. C'est là, dans une petite ville isolée — un de ces endroits où les opportunités, et même la vie, semblent écrites d'avance — que j'ai rencontré une certaine personne.
Une dizaine d'années plus tard, je suis retournée au Canada. Je l'ai retrouvée, toujours dans cette même petite ville. Et là, petit à petit et sans vraiment m'en rendre compte, je l'ai aidée à se voir autrement. À cesser de se définir par le regard des autres. À oser envisager des choses qu'elle n'osait pas. Puis à envisager de partir — quitter cet endroit avec peu d'avenir pour tenter sa chance ailleurs. Elle a fini par le faire : elle a déménagé dans une grande ville, Calgary, et y a construit une vie qui n'aurait jamais existé autrement. Des années plus tard, elle m'a remerciée.
Je vous le dis sans fierté particulière, parce que voici le vrai sujet : sur le moment, je n'ai rien vu. Rien. Pour moi, je n'avais aucune « compétence », je ne faisais rien de spécial. C'était juste… naturel. Il m'a fallu des années pour comprendre que ce « rien » était une force.... Celle, précisément, sur laquelle Horizon est bâti aujourd'hui.
Si vous peinez à voir vos propres forces, il se peut que l’expatriation ait un peu aggravé les choses.
Parce qu'avant, vous aviez des miroirs. Un poste, un titre, des collègues, un réseau, une réputation — tout un environnement qui vous renvoyait, sans même que vous le remarquiez, la preuve de ce que vous saviez faire. Vous n'aviez pas besoin d'y penser : les autres le pensaient pour vous.
Et puis vous êtes partie. Et les miroirs ont disparu, un à un. Plus de poste, plus de reconnaissance, plus personne pour dire « heureusement que tu es là ». Alors, faute de reflet, vos forces se sont mises en veille. Vous avez commencé à vous dire que vous étiez « juste » la maman, « juste » celle qui gère l'intendance, les papiers, les écoles, les déménagements. Comme si tout cela n'était finalement pas grand-chose voire même : « juste normal ».
Une force, ce n'est pas un diplôme. Ce n'est pas une performance, ni un exploit qu'on accroche au mur. Une force, c'est souvent bien plus discret : c'est ce que vous faites naturellement, presque sans y penser ; ce qui vous coûte peu alors que ça coûterait cher à d'autres ; ce pour quoi les gens viennent spontanément vous voir ; ce que vous faites déjà ou que vous continueriez à faire même sans être payée pour… Ce qui vous a aidé à concrétiser cette expatriation — par exemple.

En parlant d’exemple, en voici un : bien concret.
Début septembre, à la sortie de l'école, je présente une des femmes expatriées qui est désormais devenue une amie, Claire, à une femme qui venait d'arriver : « Voici Claire, la warrior de l’équipe. » Claire est arrivée ici il y a un an, en même temps que nous. Elle élève ses quatre enfants quasiment seule toute la semaine — son mari est resté travailler en France et les rejoint le week-end — et, en plus de tout ça, elle travaille. Mieux encore : c'est elle qui a été le moteur de toute l'expatriation de sa famille. Une warrior, vraiment.
Sauf que deux jours plus tard, elle revient vers moi, un peu étonnée : « Ça m'a surprise, que tu me présentes comme une "warrior". Parce que pour moi, ce que je fais… c'est juste normal. »
Voilà. « Juste normal. » Elle porte chaque semaine une charge que beaucoup jugeraient impossible — et pour elle c'est juste… normal.
Loin de moi l'idée de vouloir "inventer des forces" qui n'existeraient pas... Mais dans la vraie vie, le problème est presque toujours l'inverse. On ne se fabrique pas des forces imaginaires — on passe à côté de forces bien réelles. Parce qu'à force de les porter jour après jour, elles ont fini par nous paraître… normales. Et ce qui nous paraît normal, on ne le compte plus.
Autre exemple : quelques jours plus tard, à cette même sortie d'école, une autre amie — installée ici depuis quelques années, qui vit désormais toute sa vie dans une langue qui n'est pas la sienne — s'est fait demander : « Ce n'est pas épuisant, de parler tous les jours une autre langue que ta langue maternelle ? » Sa réponse, honnête : « Si, franchement. Mais j'aime ça — et je me rends compte que je me suis beaucoup améliorée. » Elle a raison. Mais ce que je me suis demandée en entendant sa réponse, c’est : se rend-elle sincèrement compte à quel point il s’agit là d’une force ? Vivre, élever une famille, se faire des amis, régler mille tracas administratifs, tout ça dans une deuxième langue, jour après jour ? Ou se dit-elle simplement « oui, c'est bien, mais de là à appeler ça une force… » ?
Voilà le piège, dans les deux cas. Que votre quotidien soit spectaculaire ou parfaitement ordinaire, vous faites des choses dont beaucoup seraient incapables — et vous ne les comptez même pas.
À ce stade, vous vous dites peut-être : « d'accord, reconnaître mes forces, c'est vrai que ce serait bien… « dans l’absolu ». Mais si je ne les vois pas clairement, est-ce vraiment si grave ? »
Ma réponse : oui. Et voici pourquoi.
Reconnaître ses forces, ce n'est pas un exercice pour se flatter ou se faire du bien deux minutes. C'est bien plus concret que ça : vos forces font partie du socle sur lequel vous pouvez construire… tout le reste. Un projet, une reconversion, une nouvelle vie ici, une version de vous plus fidèle à qui vous voulez vraiment être — rien de tout cela ne tient sans fondations.
Et le problème d'un socle qu'on ne voit pas, c'est qu'il est : bancal, car pas clairement visible. Imagineriez-vous construire votre maison sur des fondations dont vous ne savez pas clairement ce qu’elles valent ? Ou dont vous doutez ? Probablement pas. Si vous ne connaissez pas vos forces principales, vous avancez à tâtons, en vous sous-estimant, en choisissant certaines choses « par défaut » — au lieu de bâtir à partir de ce que vous avez de solide en vous.
À l'inverse, une femme qui connaît ses forces — qui les a nommées, reconnues, acceptées — avance autrement. Elle sait sur quoi elle peut compter. Elle ne se réinvente plus sur du vide : elle construit sur du concret. Sur elle.
C'est toute la différence entre subir sa (nouvelle) vie… et la construire.
Puisque nos forces nous sont si difficiles à repérer par nous-mêmes, voici quelques pistes concrètes pour vous aider à commencer à entrevoir les vôtres :
Repérez ce qui vous semble « trop facile pour que ça compte ». C'est souvent un début de piste d’une force bien concrète que vous avez.
Remarquez ce que, intérieurement, vous vous étonnez de voir les autres ne pas savoir faire. Ce qui vous paraît évident et ne l'est pas pour eux, c’est une de vos forces.
Demandez à deux ou trois personnes qui vous connaissent bien : « pour toi, c'est quoi, mon truc à moi ? » Les réponses vous surprendront — et elles se recouperont.
Repensez à ce que vous avez déjà traversé depuis votre départ. On ne reconstruit pas une vie ailleurs sans un solide paquet de forces. Elles sont là. Vous ne les avez simplement pas encore nommées.
Ces pistes sont un bon point de départ. Mais soyons honnêtes : avec quelques réflexes glanés ici ou là, on éclaire une grande pièce à la bougie — on distingue deux-trois choses, le reste reste dans l'ombre. Parce que le vrai obstacle, on l'a vu, c'est que nos forces nous paraissent si normales qu'on passe devant sans les voir. Pour les débusquer vraiment, quelques conseils suffisent rarement à eux seuls : il faut un chemin, des questions posées dans le bon ordre, et une structure concrète pour les faire remonter à la surface.
C’est exactement pour ça que j’ai créé le programme Boussole.
Plutôt que de vous laisser seule face à la page blanche, il vous guide pas à pas : explorer tout votre parcours de vie pour faire remonter vos forces — y compris celles que vous ne soupçonnez pas — et vous reconnecter à qui vous êtes vraiment.
Là où l’expatriation a pu brouiller votre regard sur vous-même, Boussole vous tend un miroir : celui qui vous fait cesser de vous voir comme « juste » la maman, « juste » la femme de, « juste » celle qui gère.
Au bout de ce cheminement, vous ne vous demanderez plus « où est-ce que je suis passée dans tout ça ? ». Vous le saurez : vos forces, ce qui vous anime, ce que vous voulez construire pour la suite.
Pour que votre avenir ne repose plus sur celle que vous étiez, mais sur celle que vous voulez devenir.


Coaching pour femmes expatriées francophones.