« Tu as de la chance » : la petite phrase qui fait taire les femmes expatriées

Par Virginie

« Tu as tellement de chance. »

Vous aussi vous l'avez déjà entendue — et pas qu'une fois — cette phrase ? « Tu as de la chance d'être là-bas maintenant. » « Profitez-en, tout le monde n'a pas cette chance. » « Tu as de la chance que ton conjoint ait pu vous offrir ça. » Et j'en passe…

Certaines de ces phrases vous parlent ? C'est normal, car ce sont des exemples de ce que beaucoup de femmes expatriées que je côtoie me disent entendre régulièrement de la part de leur famille et de leurs amies restées au pays.

Vous aussi ?

Et à chaque fois, que faites-vous ? Peut-être que vous faites comme j'ai pu faire moi aussi : vous hochez la tête. Vous souriez. Vous répondez « oui, c'est vrai ». Parce qu'en effet c'est vrai, au fond. Et parce que les gens qui vous disent ça ne sont pas malveillants — la plupart sont sincèrement heureux pour vous. Ils le pensent avec le sourire, avec affection, sans arrière-pensée.

Alors pourquoi, à chaque fois, quelque chose se serre discrètement quelque part ? Pourquoi ces petites phrases, si gentilles, vous laissent-elles, parfois, un drôle de goût ?

Vous vous en doutez, si je mets ce sujet-là sur la table c'est parce qu'il y a une subtilité que j'aimerais vous soumettre.

Cette petite phrase qui vous fait doucement taire

La subtilité, la voici.

Quand on vous dit « tu as de la chance », il se passe deux choses en même temps. D'abord, et à première vue : vous ne pouvez pas vraiment le nier — alors vous acquiescez. Et ensuite, sans que personne ne l'ait décidé, on vient de vous coller une étiquette : celle de la « chanceuse ». Or une chanceuse, par définition, n'a pas de raison de se plaindre.

Décortiquons un peu. Vous avez quitté le pays où vous viviez, où l'on vous connaissait. Vos proches le savent : ce grand changement, c'est vous qui l'avez voulu, il venait de vous. À leurs yeux, c'est une chance — pour votre conjoint, pour vos enfants, pour votre famille — et donc, quelque part, « c'est déjà pas mal ». Ajoutez à cela que c'est vous qui avez tout déclenché, et le raccourci se fait tout seul dans leur tête : « puisque tu as ce que tu voulais, tu n'as plus vraiment de quoi te plaindre. »

C'est tellement « déjà pas mal » à leurs yeux que, les jours où ça ne va pas, ils ont du mal à comprendre. Pourtant, comme tout le monde, vous avez sûrement des hauts et des bas — vous aussi. Et quand vous essayez de leur dire que — vous ne savez pas trop pourquoi, ni comment l'expliquer d'ailleurs — ça ne va pas fort en ce moment… ils ne comprennent pas vraiment. Ils vous écouteront peut-être, mais c'est là que le fameux « oui, mais avoue que tu as de la chance quand même » risque de ressortir. Et de vous faire taire.

Comme si vivre cette aventure — et l'avoir provoquée vous-même — vous retirait, au passage, le droit de ne pas aller bien ne serait-ce que de temps en temps.

Pourquoi vos proches ne vous comprennent plus

Et voilà une première chose importante à saisir. Si vos proches « d'avant » ne vous comprennent plus, ce n'est pas parce qu'ils ont changé. Ce n'est pas non plus parce qu'ils vous envieraient trop. C'est, tout simplement, parce que vous n'êtes plus dans le même tableau qu'eux.

Vous avez changé de décor — un décor qu'ils ne connaissent qu'à travers ce que vous leur en montrez, de temps en temps. Et ces quelques photos, ces quelques nouvelles, ne leur permettront jamais de saisir vraiment tout ce qu'implique une expatriation, dans ses bons comme dans ses moins bons côtés. Ils ne sont pas là, au quotidien, à côté de vous. Alors forcément, il y a des choses qu'ils ne peuvent pas comprendre. Ce n'est ni un reproche, ni un drame : c'est juste une réalité.

Femme expatriée au téléphone avec ses proches restés au pays

Ce décalage, est-ce si grave ?

Alors ce décalage qui s'est installé entre vous et vos proches : est-il si grave ? Non. Et surtout : ce n'est de la faute de personne. Ni de la leur… ni de la vôtre.

Vous aviez envie de partir — ou vous avez accepté de sauter le pas d'une opportunité — et tout ça : pour des raisons qui vous appartiennent. Et c'est parfaitement légitime. Mais cela ne signifie pas que vous n'avez plus le droit de ressentir des coups de mou de temps en temps, ni que vous devez sourire et vous sentir comblée absolument tous les jours. Personne ne vit ainsi. Vous non plus, et c'est normal.

Ce qui rend ce décalage déstabilisant, c'est qu'il s'ajoute à tout le reste. Une expatriation, ça bouscule déjà vos repères, vos habitudes, votre quotidien. Mais en plus, elle vous fait réaliser une chose troublante : cette personne qui vous comprenait si bien avant, si facilement… aujourd'hui, elle ne vous comprend plus tout à fait pareil.

Et ça vous oblige, parfois, à changer d'interlocuteur quand ça ne va pas. Or tout le monde va « pas très bien » à certains moments. Pas tous les jours, pas tout le temps, heureusement — mais ça arrive à chacun. Et c'est là que vous le sentez : vous ne pouvez plus vous confier à cette personne comme vous le faisiez avant. Parce que, désormais, tout est un peu décalé.

Même la plus bienveillante, la plus sincèrement à l'écoute, aura du mal à vous comprendre pleinement — et donc à vous soutenir, ou à trouver les mots justes pour vous remonter le moral. Non par manque d'amour, mais simplement parce qu'elle n'est pas là, et qu'elle n'a pas vécu ces chamboulements.

Une « chance » ? Vraiment ?

Et maintenant, revenons à ce petit mot par lequel tout a commencé : « chance ». Parce qu'après tout ce qu'on vient de voir, une question mérite vraiment d'être posée : ce « chanceuse » qu'on vous colle désormais si volontiers sur le dos… est-il seulement le bon mot ?

Est-ce vraiment grâce à la chance que vous êtes là où vous êtes aujourd'hui ? Ou est-ce plutôt parce que vous avez osé franchir un pas que peu de gens franchissent ? Osé faire ce que, peut-être, certains de vos proches aimeraient faire aussi, au fond d'eux… mais n'osent pas ?

Parce que c'est quoi, la chance, à proprement parler ? C'est quelque chose de positif qui vous tombe dessus sans que vous n'ayez rien demandé, ni rien fait de particulier pour que ça arrive. Est-ce le cas ici ? Non. Pas du tout, même. Et si ce mot vous gêne autant à chaque fois, c'est peut-être justement parce qu'au fond, vous le sentez : il ne colle pas.

Vous n'avez pas eu « de la chance » de vous expatrier. Vous avez fait en sorte que cette expatriation soit possible. Et ça vous a demandé des semaines, des mois peut-être : d'abord de doutes et d'hésitations, puis, une fois la décision prise, d'organisation, d'anticipation, de questions sans fin, de recherches, de démarches.

Alors, de la chance ? Non. Un choix, un courage, un travail : oui. Et ce n'est pas la même chose.

Alors, concrètement, on fait quoi ?

Trois choses.

D'abord : ne leur en voulez pas. Ni à eux, ni à vous. C'est vraiment la première étape, et sans doute la plus importante. Personne n'a mal agi ici — ni vos proches, qui vous aiment et font ce qu'ils peuvent, ni vous, qui avez simplement suivi votre chemin.

Ensuite : acceptez la situation. Oui, vous ne pouvez plus vous confier tout à fait comme avant. C'est ainsi, et cela fait partie des conséquences possibles d'une expatriation, au même titre que tant d'autres. Le reconnaître, sans lutter contre, vous enlève déjà un poids.

Enfin — et c'est le plus beau — prenez-les au mot. On vous répète que vous avez de la chance ? Et vous-même, au fond, vous vous dites que, quelque part, c'est un peu vrai (même si, on l'a vu, il s'agit surtout de quelque chose que vous avez osé faire) ? Très bien. Alors profitez-en. Pleinement. Faites de cette période d'expatriation le moment où vous vous retrouvez, sincèrement. Remettez tout à plat, faites le point, et partez à la recherche de ce qui, vraiment, vous parle. Saisissez cette « chance » qu'on vous brandit si souvent sous le nez et explorez-la à fond.

Très bien : je commence par quoi, alors ?

Si vous êtes prête à profiter pleinement de cette « chance » que vous avez, pour vous retrouver et faire le point sur votre vie, reste maintenant la question essentielle : par quoi commencer ?

C'est exactement là que L'Escale peut vous aider. L'Escale, c'est un programme court et accessible pour vous permettre de tout remettre à plat et faire un premier pas simple, à votre rythme, pour y voir plus clair dans votre vie d'expatriée.

Non pas pour tout révolutionner du jour au lendemain, mais pour vous permettre de trouver votre direction — celle qui vous ressemble vraiment, où que vous soyez désormais.

Parce qu'au fond, comprise ou pas, cette vie est la vôtre. Et il n'est jamais trop tard pour la reprendre en main.

Femme expatriée qui avance dans la ville, tournée vers l'avenir

Coaching pour femmes expatriées francophones.