Expatriation : quand perdre ses repères devient une chance de se réinventer

Par Virginie

Il y a quelques mois, j'avais une décision à prendre.

On venait d'arriver en Angleterre. Les cartons étaient à peine défaits, mon mari commençait à prendre ses repères, nos filles commençaient à trouver leurs marques à l'école, et moi j'avais cette question qui tournait en boucle : qu'est-ce que je fais, maintenant ?

Deux voix. Deux chemins. Deux versions de moi qui se regardaient en chiens de faïence.


La première — la raisonnable, la prudente, celle qui connaît les règles du jeu — disait : "Cherche un travail. C'est plus logique. Plus sûr. Tu ne vas quand même pas recommencer avec un projet d'entrepreneuriat — tu te souviens de ce que ça a donné la dernière fois ? Et puis encore moins ici, et maintenant, c’est farfelu !"

L'autre voix ne disait pas grand-chose. Elle criait : "Non ! Surtout pas !"

Le long chemin avant Bristol

Pour comprendre pourquoi cette décision était si lourde, il faut remonter un peu.

2018 : Je quitte six ans de salariat — chargée d'affaires dans une grande entreprise — avec la conviction que ce monde-là n'est plus pour moi. Je suis un programme de coaching sur l'entrepreneuriat, le programme Spark de Franck Nicolas. Je comprends, pour la première fois vraiment, que créer quelque chose à moi n'est pas réservé à un certain profil de personnes. Que ça pourrait être pour moi aussi.

Puis le quotidien reprend ses droits. Trois filles en bas âge. Le Covid. Les années qui passent à gérer, à tenir, à hésiter, à imaginer, à reporter. Ma certification de coach en 2021 — une belle étape, mais le projet peine à décoller. Un déménagement. Des enfants qui continuent de grandir et qui prennent naturellement de la place, de l'énergie, du temps.

Et puis 2024. La voix raisonnable gagne. Je me lance dans l'immobilier en tant qu'agent. C'est plus logique. C'est un vrai métier. Ça ressemble à quelque chose.

Ce que j'en retiens aujourd'hui : c'était encore une fois mon incapacité à écouter ce que je savais déjà depuis 2018. Que le salariat — sous quelque forme que ce soit — n'est pas fait pour moi. Pas parce que je suis incapable. Parce que je ne suis pas câblée comme ça. Et les vieilles croyances limitantes, comme je l'écrivais dans un autre article, sont d'une ténacité remarquable. Elles reviennent toujours. Souvent au pire moment.

La fenêtre inattendue

Fin 2024, on apprend qu'on part en Angleterre. Juillet 2025, on déménage.

Et là, quelque chose d'étrange se produit.

Quand on perd tous ses repères d'un coup — le réseau, les habitudes, le contexte professionnel, les amies, les lieux familiers — il ne reste plus grand-chose pour se raccrocher à l'ancienne version de soi. Plus de titre. Plus de rôle défini. Plus de regard des autres, de votre entourage, qui vous maintient dans une case.


C'est déstabilisant. C'est même, certains jours, vertigineux.

Mais c'est aussi, et c'est ce que peu de gens vous disent, une fenêtre rare. Peut-être la plus rare qu'on ait dans une vie d'adulte : celle de se demander, sans les contraintes habituelles, qui on veut vraiment être maintenant.


Pas qui on était. Pas qui on devrait être. Qui on choisit d'être.

Femme européenne brune assise par terre avec un carton devant elle, mais qui regarde derrière elle

Les deux voix, et le choix

Alors revenons à ces deux voix, début 2026, dans ma maison de Bristol.

La voix raisonnable avait de bons arguments. Elle en a toujours. « Tu as déjà essayé — tu sais ce que ça a donné. Pas de revenu fixe, pas de certitude, et en plus ici, maintenant, dans un pays étranger. Et puis ton mari — tu ne veux pas le décevoir une seconde fois, n'est-ce pas ?" (Je vous renvoie à mon article sur l'asymétrie en expatriation — cette peur de décevoir l'autre, beaucoup d'entre vous la vivent sans forcément la reconnaître).

Mais quelque chose avait changé. L'expatriation avait fait son travail, silencieusement. En m'ôtant tous mes repères extérieurs, elle m'avait forcée à écouter ce qui venait de l'intérieur. Et ce qui venait de l'intérieur était clair : un projet qui me ressemble à 100%. Quelque chose autour de l'expatriation, des femmes expatriées, de la liberté qu'on peut construire même loin de chez soi. Surtout loin de chez soi. Horizon.

J'ai écouté la deuxième voix. Pas parce que c'était confortable. Parce que c'était juste.

Et parce que cette fois-ci j’avais la place, le temps et l’espace pour l’envisager sérieusement.

Ce que l'expatriation fait, si on la laisse faire

Perdre ses repères n'est pas un accident de parcours. C'est, je le crois profondément, une invitation.

Une invitation à faire le tri entre ce qu'on a choisi et ce qu'on a simplement hérité. Entre ce qui nous appartient vraiment et ce qu'on portait parce que c'était attendu, logique, rassurant.

Cette invitation, on peut la refuser. Beaucoup la refusent — en cherchant vite un nouveau travail, en reproduisant les mêmes schémas dans un nouveau pays, en attendant de "rentrer" pour vraiment vivre à nouveau « comme avant ». C'est humain. C'est même compréhensible.

Mais pour celles qui acceptent de rester un moment dans ce vide inconfortable — celles qui osent regarder de l’autre côté et se demander qui elles veulent être maintenant, ici, dans cette nouvelle vie qui est la leur — l'expatriation peut devenir le point de départ d'une réinvention profonde et authentique.

Pas forcément spectaculaire. Pas forcément Instagramable. Vraie.

Boussole : parce que se réinventer, ça s'accompagne

Cette réinvention, je ne l'ai pas faite d'un coup. J'avais des années de réflexion derrière moi, le programme Spark qui avait planté des graines en 2018, et l'IA qui m'a permis de concrétiser sans me ruiner une seconde fois. Mais surtout, j'avais un projet clair — enfin.

C’est exactement ce que Boussole vous propose. Un espace pour faire ce travail de fond : identifier vos freins internes — ces croyances héritées qui vous maintiennent dans l’ancienne version de vous — puis, depuis cet endroit libéré, vous permettre de vous réinventer, ou de construire un projet sincèrement à vous ou encore de vous reconvertir.

Pas quelque chose que tout le monde attendrait de vous. Pas quelque chose qui serait forcément raisonnable. Quelque chose de sincèrement à vous.

Femme rousse heureuse qui souri en ville yeux fermés

Coaching pour femmes expatriées francophones.