Se reconvertir en expatriation : pas si fou que ça — à condition de se poser les bonnes questions

Par Virginie

Disons que l'idée a fait son chemin.

Vous vous êtes autorisée à y penser. Peut-être depuis quelques semaines, peut-être depuis bien plus longtemps. Vous avez fait taire, au moins un peu, cette voix qui répétait que ce n'était ni le moment ni l'endroit. Et vous en êtes là : quelque chose vous attire, et vous commencez à croire que ce serait possible.

C'est déjà énorme. Beaucoup de femmes n'arrivent jamais jusque-là.

Mais entre « j'y pense » et « je me lance », il reste un espace. Un espace inconfortable, où l'on tourne en rond, où l'on cherche des informations sans savoir lesquelles, où l'on se dit un jour que c'est jouable et le lendemain que c'est absurde.

C'est de cet espace-là que je voudrais vous parler.

Se reconvertir, ça veut dire quoi ?

Avant d'aller plus loin, il faut commencer par défaire quelque chose.

Quand on entend « reconversion », on imagine souvent la version extrême : la cadre qui devient boulangère, l'avocate qui part élever des chèvres. Une rupture totale, spectaculaire, avec trois ans de formation et un saut dans le vide.

Ça existe. C'est même très beau quand ça arrive. Mais c'est loin d'être la seule forme.

Se reconvertir, ça peut aussi vouloir dire garder son métier et changer de cadre — passer du salariat à l'indépendance, par exemple, sans rien renier de ce qu'on sait faire.

Ça peut vouloir dire déplacer légèrement le curseur : rester dans son domaine mais s'adresser à d'autres personnes, ou exercer autrement, ou se spécialiser sur quelque chose qui vous intéressait sans que vous n’ayez jamais eu le temps de l'explorer.

Ça peut vouloir dire reprendre une compétence que vous aviez laissée de côté, et en faire cette fois le cœur plutôt que l'accessoire.

Et ça peut vouloir dire, oui, tout changer.

Toutes ces options portent le même nom, et pourtant elles n'ont ni le même coût, ni le même risque, ni le même délai. Confondre les unes avec les autres, c'est se refuser toutes les possibilités à cause de la plus intimidante.

Alors avant de vous demander si c'est raisonnable, demandez-vous laquelle vous parle.

Ce n'est pas plus difficile. C'est différent.

Reste à savoir ce que change le fait de se reconvertir depuis l’étranger.


Une reconversion, c'est déjà intimidant en soi. Mais une reconversion depuis l'étranger, on imagine souvent que c'est une reconversion normale avec des complications en plus. La langue, les papiers, l'absence de réseau : des obstacles supplémentaires ajoutés à un parcours déjà exigeant.

Ce n'est pas tout à fait vrai.

Certaines choses sont effectivement plus compliquées du fait de ne plus avoir vos anciens repères. Mais soyons honnêtes : ces anciens repères, vous ont-ils vraiment aidée à faire bouger quoi que ce soit dans votre vie professionnelle avant ? Que vous ayez envisagé une reconversion depuis longtemps ou que l'idée soit toute récente, la réponse est souvent la même.

Et c'est normal, car le changement de repères n'est pas ce qui bloque vraiment. C'est plutôt ce qui permet de ne pas regarder ce qui bloque.

L'avantage de votre situation actuelle

Lorsqu’on envisage de se reconvertir, l’expatriation apporte plusieurs avantages dont je vous ai déjà parlé dans mon article sur la reconversion professionnelle à l’étranger.


Mais il y a un avantage supplémentaire dont je ne vous ai pas encore parlé et qui a, lui aussi, toute son importance : vous n'avez pas à tout arrêter, car vous l'avez déjà fait. Quand on vit dans son pays, se reconvertir suppose souvent de quitter un poste, d’annoncer la nouvelle à tout le monde, de renoncer à un salaire. On a tendance à minimiser ces freins, comme si , une fois la décision prise, tout cela se ferait tout seul.

C’est qu’on les regarde un par un, comme des formalités : un préavis, quelques annonces, un budget à revoir. Pourtant, mis bout à bout, ils reviennent à chambouler tout un cadre qu’on connaissait — plus de poste, plus de salaire, le regard de tous ceux à qui il faut l’annoncer — avant même d’avoir quoi que ce soit en échange. Voilà pourquoi ils sont souvent plus vertigineux qu’on ne l’imagine, et pourquoi beaucoup s’arrêtent finalement à cause d’eux, et d’eux seuls.

Vous, vous n'êtes plus concernée par ce frein car c'est déjà fait. Vous avez quitté votre travail en partant, vos anciens collègues, vos amis et même votre famille ont déjà constaté ce changement. Il n'y a plus rien à faire exploser et vous êtes déjà dans un nouveau cadre.

Ce que ça veut dire : tous ces freins qui auraient pu vous ralentir — voire vous bloquer — ont déjà sauté. Ce n’étaient peut-être pas les seuls à vous empêcher de sauter le pas de la reconversion, mais ce sont autant de freins — et pas des moindres — en moins.

Est-ce que ce projet vous suivra ?

Reste une question que beaucoup oublient de se poser, parce qu’elle ne se pose pas quand on vit dans un cadre familier.

Une reconversion classique s'ancre quelque part. On ouvre un cabinet dans une ville, on se constitue une clientèle locale, on passe un diplôme reconnu dans le pays, on se fait un réseau qui met des années à se construire. C'est solide, et c'est fait pour durer.

Sauf que vous, selon la façon dont vous êtes arrivée ici, vous ne savez peut-être pas où vous serez dans trois ans. Alors la question devient : ce que je m'apprête à construire, est-ce que je pourrai l'emporter ?

Certains métiers voyagent mal. Une formation validée ici ne le sera pas forcément ailleurs. Une clientèle de proximité ne se déplace pas. Un métier réglementé peut vous être accessible dans ce pays et fermé dans le suivant.

D'autres voyagent très bien. Tout ce qui se fait à distance, tout ce qui repose sur une compétence plutôt que sur une autorisation locale, tout ce qui s'adresse à une clientèle particulière, où qu'elle se trouve.

Femme souriante travaillant sur son ordinateur posé sur un carton de déménagement : un projet qui voyage avec vous

Et voilà ce que ça change vraiment : un projet portable ne se contente pas de survivre à votre prochain déménagement. Il devient la seule chose de votre vie qui ne dépende pas du poste de votre conjoint. Vous partez, votre projet part avec vous. Vous arrivez ailleurs, il est transposable.

Pour beaucoup de femmes, c'est le premier élément stable qu'elles construisent depuis des années.

Ça ne veut pas dire qu'un projet ancré localement soit un mauvais choix — si vous savez que vous restez, il peut être le bon. Mais c'est un choix, et il vaut mieux le faire les yeux ouverts.

Combien de temps ai-je devant moi ?

C'est la question la plus concrète, et souvent la plus floue.

Une expatriation peut être durable, voire « pour toujours ». Et d'autres n'ont pas une date de fin claire. On sait qu'on est là « pour quelques années », sans savoir combien. Et cette incertitude sert souvent d'argument pour ne rien lancer : à quoi bon commencer quelque chose si je repars bientôt ?

Retournons le raisonnement : si vous ne savez pas combien de temps il vous reste ici, ce temps peut être court — ou bien plus long que vous ne le pensez. Dans les deux cas, attendre de savoir, c'est le laisser passer.

Selon votre situation, vous pouvez aborder ce temps de deux façons.


Si vous savez que vous allez rester plusieurs années (peu importe le nombre exact), alors vous avez le feu vert pour commencer à vous questionner et trouver quoi construire ici, qui soit vraiment à vous.

Si vous êtes dans le cas où vous savez déjà que vous rentrerez, peut-être même à quelle date, alors le raisonnement est différent pour vous. « À quoi bon, on repart dans un an » revient à remettre à plus tard une question qui, elle, ne disparaîtra pas : qu’est-ce que je ferai une fois rentrée ? Étant donné qu’il vous reste du temps avant de repartir, autant la poser maintenant. Vous n’avez rien à envisager de lancer, mais une opportunité à saisir : celle du temps pour vous questionner sur la suite de votre vie. Cette démarche vous permettra d’arriver à votre retour avec un temps d’avance, et peut-être avec le soulagement de ne pas avoir tout à décider une fois rentrée.

Un projet ne se mesure d'ailleurs pas à la durée de votre séjour. Certaines choses se lancent en quelques mois. D'autres se poursuivent d'un pays à l'autre, justement parce que vous les avez pensées portables. Le temps qui vous reste ici n'est pas une contrainte : c'est un point de départ, quel qu'il soit.

La vraie question n'est donc pas « combien de temps me reste-t-il ? », mais « qu'est-ce que je peux commencer maintenant ? ». Point.

Les questions ne feront pas disparaître la peur

Soyons claires sur une chose, parce que je ne voudrais pas vous laisser croire le contraire.

Répondre à toutes ces questions ne rendra pas le saut confortable. Vous aurez peur quand même. La peur de l'inconnu, la peur de l'échec, la peur du regard des autres — elles seront là, à un moment ou à un autre. Elles s’estomperont puis referont surface par moments.

Je le sais parce que je les ai rencontrées, toutes les trois. Et je peux vous dire deux choses.

La première, c'est qu'elles ne m'ont pas tuée. Ce ne fut pas agréable, mais je suis toujours là.

La seconde, c'est que c'est le jeu. Personne ne se lance dans quelque chose qui compte sans une part de doute. La peur n'est pas le signe que vous faites fausse route — elle est le signe que ce projet a de la valeur à vos yeux. On ne tremble pas pour ce qui nous est égal.

Et c'est justement là que tenir bon prend tout son sens. Avancer malgré la peur, un pas après l'autre, ce n'est pas ignorer le doute : c'est lui prouver, à chaque étape, que ce projet compte assez pour que vous continuiez. C'est ça qui, avec le temps, transforme « je crois que c'est la bonne voie » en « je sais que c'est la bonne ».

C'est pour ça que je ne vous propose pas de ne plus avoir peur. Ce serait mentir. On se lance quand le projet compte assez pour qu'on avance avec la peur, pas sans elle.


Et c'est exactement ce à quoi servent toutes ces questions : pas à vous rassurer, mais à vous permettre d'avancer les yeux ouverts.

Par où commencer

Vous l'aurez compris, tout se joue avant le plan d'action. Avant de savoir comment, il faut savoir quoi pour être un peu plus sûre de tenir dans le temps. Et pour ça, il faut se poser les bonnes questions, dans le bon ordre, honnêtement.

C'est exactement ce que propose L'Escale. Trois modules courts pour clarifier ce que vous voulez vraiment, distinguer une vraie envie d'un simple besoin de changement, et repartir avec votre direction.

Ce n'est pas forcément encore le grand saut. Mais c'est ce qui vous permet de savoir vers où sauter.

Femme écrivant dans son agenda, concentrée, en train de faire le point

Coaching pour femmes expatriées francophones.